Vivre à Roche Plate en 1987

Les habitants de Roche Plate

Roche Plate ! Quel drôle de nom pour cet îlet au terrain pentu au pied du Maïdo… Il semblerait que cette appellation est due au sommet plat du Bronchard qui borde le site et domine la Rivière des Galets. Après avoir franchi La Brèche et suivi la paroi, le sentier débouche sur le poste forestier, la coopérative, et à quelques mètres de là, sur une école moderne et bien entretenue. Le site, accueillant, ne ressemble pas aux autres écarts des hauts de Mafate. Pas de maisons aux tôles rouillées au centre de l’îlet… C’est à peine si l’on distingue les quelques petites maisons perchées sur les pitons environnants ou perdues dans des creux, enfouies sous les manguiers et les tomates-arbustes.

58 personnes, réparties en quatorze familles, vivent à Roche Plate.

Les noms les plus courants sont les THOMAS, pour 7 familles. Mais on trouve également des GAZE (2 familles), des LOUISE (2 familles), THIBURCE et ATACHE (1 famille). En 1984, les ROBERT, qui avaient quitté l’îlet pour travailler à Sans Souci, sont revenus avec leurs douze enfants s’installer un peu plus haut, tout près de la chapelle.

Une mission sanitaire à Roche Plate

Arrivée de l’hélicoptère de la mission sanitaire – Roche PlateArrivée de l’hélicoptère de la mission sanitaire – Roche Plate

Une fois par mois, comme chaque îlet, Roche Plate reçoit la visite de la Mission Sanitaire, transportée par hélicoptère. Les habitants viennent spontanément consulter le médecin qui, en cas de problème, leur prescrit les médicaments nécessaires qu’il prélève sur un stock voyageant dans des malles en même temps que la Mission. Pendant ce temps, l’infirmière s’occupe des dossiers et du secrétariat, interroge, préexamine, prend la tension, établit les carnets de santé, vaccine et pèse les enfants. La troisième personne composant la Mission Sanitaire est le dentiste.

Celui-ci travaille à l’extérieur car à l’intérieur il n’y a pas suffisamment de lumière pour voir correctement les dents en bouche.

Il soigne entre cinq et quinze patients par mission, qui ne viennent que s’ils ont mal. Et souvent, c’est trop tard… Dans ces conditions, il a été demandé aux instituteurs d’envoyer tous les enfants scolarisés voir le dentiste à tour de rôle. Le matériel utilisé pour les soins est perfectionné. Il s’agit d’une valise qui représente tout ce qui est machine tournante, à savoir une turbine à micromoteur pour pouvoir enlever tout le tissu carié, marchant à air comprimé.

Chaque bouteille d’air comprimé permet de travailler quatre à cinq patients. Cela dépend du temps passé sur la personne. D’autre part, le dentiste a tous les produits pour faire des plombages. S’il y a une pathologie qui ne
peut être soignée sur place, le patient descendra à pied sur le CHD de Saint Denis ou sera évacué par l’hélicoptère de la Gendarmerie s’il est urgent d’intervenir. Une campagne d’information sur l’hygiène bucco-dentaire est faite et des kits de brossage des dents sont distribués dans les écoles.

La turbine à micromoteur du dentiste – Les Orangers

La vie quotidienne à Roche Plate

Utilisation d’un brancard piguillem – Grand Place
Couverture du kiosque avec la paille de vétiver – Roche Plate

C’est par l’intermédiaire de son hélicoptère que la Gendarmerie Nationale procède aux différentes interventions nécessaires. Il s’agit généralement de l’évacuation d’un malade ou d’un blessé à l’hôpital Bellepierre de Saint Denis. Cette assistance aux personnes en difficulté est gratuite, d’autant que le Cirque n’a pas de voie d’accès. Aujourd’hui, les gendarmes sont prévenus par téléphone hertzien alimenté par panneau solaire. Le premier téléphone de ce type a été installé à Aurère en 1976 dans le poste forestier.

Dès lors les îlets éloignés, équipés chacun d’un talkie- walkie, correspondaient entre eux à raison de trois liaisons quotidiennes et pouvaient alerter Aurère en cas d’urgence. Le Cirque de Mafate est propriété du Domaine. C’est l’ONF (Office National des Forêts) qui assure son entretien, par l’intermédiaire de trois agents forestiers, en poste le premier à La Nouvelle, le deuxième à Roche Plate, et le dernier à Aurère. Le travail de l’ONF est très diversifié puisqu’il concerne l’entretien de tous les sentiers, des sites, des gîtes, des bivouacs et des bâtiments communaux tels que écoles et églises. L’ONF sert aussi de relais entre la population et les diverses administrations.

Sur Roche Plate, l’agent forestier emploie environ 30 personnes, Mme THOMAS Marie-Lydie gérante de la coopérative mais aussi ouvrière forestière, des ouvriers permanents et des ouvriers occasionnels. Les sentiers sont entretenus régulièrement, mais avec un soin plus particulier après les périodes de dépression car certains passages doivent être refaits et les peintures remises.

Sur des fonds Conseil Général, Conseil Régional et Agence Française pour la Maîtrise de l’Energie, les 123 cases de Mafate ont été équipées en 1987 en électricité photovoltaïque avec le concours de l’ONF. Pour chaque maison, il s’agit d’un kit alimentant quatre points lumineux et une télévision, pour un coût d’environ 45000 F (8256 € de 2019). L’ONF est également le maître d’oeuvre de la construction de retenues d’eau permettant l’irrigation et l’alimentation en eau potable des différents îlets du Cirque de Mafate. Enfin, on ne peut parler de l’ONF sans faire allusion à l’intervention indispensable de l’hélicoptère, qui occupe dans ces conditions une part importante de son budget.

Alors que les Mafatais se voient équipés progressivement de l’électricité photovoltaïque, de l’eau courante et de blocs sanitaires, Mr LOUISE Michel et Mme RICHARD Marie, âgés respectivement de 65 et 68 ans, continuent d’habiter sur le plateau dominant Roche Plate, en bordure du sentier de Trois Roches, sans bénéficier du solaire, de l’eau toute proche, et des sanitaires. Il leur était nécessaire d’abandonner case et terrain et de descendre s’installer à Roche Plate, sur une parcelle proposée par l’ONF et susceptible d’être aménagée. Mr et Mme LOUISE n’ont pas voulu recommencer une nouvelle existence.

Le lundi 8 septembre 1986 a eu lieu à Roche Plate un mariage religieux unissant Jean-Romain THOMAS d’Ilet à Cordes (Mafate) et Marie-Joëlle THOMAS de Roche Plate. Ce mariage, le premier dans l’îlet depuis près de 20 ans, fut célébré par les Pères TECHER et HOAREAU, lesquels arrivèrent à pied du Guillaume Saint Paul et de Cilaos.